Mouvement contre la guerre et islamisme

 

01 Novembre 2001

Prise de position de l'AGM pendant l'attaque des États-Unis contre l'Afghanistan


1. Sous l'expression d'« islamisme » on entend toutes les forces qui interprètent la religion islamique comme un programme politique. En général leur idéologie combine un rejet de l'influence culturelle occidentale avec la reprise d'éléments culturels précoloniaux (souvent réactionnaires).


Ce sont toujours des ennemis du mouvement ouvrier, de la libération des femmes et du socialisme. C'est le cas pour les régimes islamistes en Arabie Saoudite, en Iran, Afghanistan et au Soudan, mais aussi pour les mouvements islamistes en Égypte, Algérie, Palestine, Indonésie et Turquie.


2. Le renforcement de l'islamisme est principalement influencé par la politique étrangère impérialiste et les services secrets des pays de l'Ouest – ils ont aidé le régime saoudien à s'établir, l'islamisme iranien à s'imposer et le mouvement Hamas à se développer en Palestine.


Une raison cruciale de ce développement est aussi l'échec des mouvements bourgeois de libération nationale et qui n'ont pas pu tenir leurs promesses et n'ont pas trouvé le moyen de sortir du sous-développement économique et de la misère.


L'absence (ou la destruction) d'une gauche anticapitaliste forte a produit un vide qui a été rempli dans plusieurs pays semi-coloniaux par des mouvements réactionnaires-culturalistes comme l'islamisme ou le chauvinisme hindou en Inde (voir sur ces thèmes notre article « L'Ouest et l'islamisme » sur www.agmarxismus.net).


3. Même si les forces islamistes sont souvent créées par l'impérialisme, leur politique hésite entre coopération et conflit avec l'ordre politique du capitalisme.


Mais cela n'est pas une particularité de l'islamisme, mais symptomatique pour toutes les élites semi-coloniales, qui d'un côté sont privilégiées en tant que sbires du système d'exploitation impérialiste, et de l'autre côté s'opposent de façon hésitante quand ils sont sous pression (comme par exemple celle du néolibéralisme dans les années 80 et 90) pour arracher à leurs maîtres des concessions. Dans ce cas-là ils veillent à ce que les mouvements populaires restent sous leur contrôle. Ils ne veulent pas qu'on mette en question l'ordre social et économique dont ils profitent. C'est ainsi pour les islamistes : non seulement en Arabie Saoudite, mais aussi dans les pays où ils agissent avec une démagogie social-révolutionnaire (comme en Iran, en Afghanistan ou en Turquie), ils n'ont pas de perspective allant au-delà du système capitaliste. C'est pourquoi ils sont obligé de trouver un accord avec l'impérialisme, même avec des coalitions différentes – comme les talibans dans les années 90 ou l'Alliance du nord islamiste d'Afghanistan pendant la guerre en 2001.


4. Les phrases propagandistes des islamistes, qui parlent de la guerre contre les pays de l'Ouest et du retour aux traditions culturelles « propres », et avec lesquelles ils veulent attirer des partisans naïfs, ces phrases sont un anachronisme face à la réalité du développement inégal et combiné dans l'impérialisme. Tous les pays du monde font à nos jours d'une manière ou d'une autre, partie du système économique mondial qui est le capitalisme. Aussi les civilisations spécifiques et en soi-même contradictoires des pays demi-coloniaux sont irréversiblement influencées par les sociétés industrielles occidentales. Cela concerne l'infrastructure, les relations d'affaires internationales, ainsi que la technique de l'armement et la consommation de masse.


L'Arabie Saoudite et l'Iran fournissent le pétrole au marché mondial et ont essayé de se qualifier pour le championnat mondial du football. Les talibans conduisent des camions et produisent des drogues pour les clients en Europe de l'Ouest et en Amérique du nord. Oussama Ben Laden se mêle du marché boursier international et envoie des vidéos avec des messages pour ses supporteurs. Le programme de l'illusion islamique et traditionaliste n'est pas aboli, mais séparé de la réalité et poursuivit par des actes rituels (réactionnaires et souvent brutaux).


5. Dans leur refus de toute superstition religieuse, les marxistes des pays occidentaux ne doivent pas mettre au premier plan l'islam. Au contraire, ils doivent prendre position contre le racisme anti-arabe et anti-islamique qui est attisé par l'establishment impérialiste et défendre les collègues contre les attaques et engueulades. La lutte politique contre la religion en Europe et en Amérique du Nord est surtout une lutte contre les préjugés et les prétentions au pouvoir du christianisme qui est dominant dans ces pays qui est coresponsable du colonialisme occidental – concrètement une lutte contre la stupidité catholique de l'ÖVP et de la CSU, une lutte contre la croisade chrétienne de Bush du « bon » contre le « mal ».


6. Pour les marxistes et le mouvement ouvrier l'impérialisme est l'ennemi principal. Mais la question se pose de comment se comporter dans un mouvement contre la guerre envers les forces islamistes quand elles mobilisent contre l'agression impérialiste en l'Asie centrale ou quand elles participent au mouvement politique. Est-ce que nous devons manifester avec ces réactionnaires ? La réponse dépend du rapport de force.


7. Souvent il y a des groupes islamiques isolés qui se montrent provocants envers la gauche en criant « Allah Akbar » et qui n'ont pas de connexion avec le milieu des immigrants des pays musulmans, comme c'était le cas lors des manifestations anti-impérialistes à Vienne en octobre 2001. L'intégration de ces petits groupes dans le mouvement ou une alliance avec eux n'est pas raisonnable et peuvent même être contre-productives à notre avis parce qu'un tel comportement valorise inutilement ces réactionnaires.


8. La situation est différente quand dans une manifestation les islamistes sont mélangés avec un grand nombre d'ouvriers (immigrés), comme des Pakistanais en Grande-Bretagne ou des Nord-Africains en France. Dans ce cas il serait nécessaire de former un front unique anti-impérialiste avec les forces islamistes pour montrer dans une lutte unie que la gauche révolutionnaire offre une perspective de lutte plus conséquente contre le système impérialiste. On devrait lutter contre les islamistes pour les cœurs et les cerveaux des manifestants immigrés. C'est la bonne tactique pour tous les marxistes, comme à Vienne au printemps 1999 pendant la manifestation de milliers d'ouvriers yougoslaves contre l'agression de l'OTAN contre leur patrie. Même s'il y avait une présence forte des manifestants qui soutiennent les tchetniks, il était nécessaire de participer à la manifestation avec une propagande anti-impérialiste (et avec une critique du nationalisme serbe) et ne pas laisser sans combat les participants non-organisés aux nationalistes. La liberté de propagande pour la gauche n'avait pas pu être maintenue, aussi parce que beaucoup de manifestants de la gauche se sont détournés, dégoûtés par les icônes-orthodoxes et les symboles tchetniks, aussi ceux qui maintenant cherchent intensivement le contact avec les petits groupes islamistes - comme si l'islamisme afghan était plus progressiste que le nationalisme serbe, comme si les crimes des talibans contre les femmes et le mouvement ouvrier étaient moins importants que les attaques de la police spéciale contre les civils kosovars.


9. Comment est-ce que les marxistes devraient se comporter à l'égard des mobilisations islamistes dans des pays comme le Pakistan ? Tandis que les islamistes organisent des manifestations dans un pays avec 120 millions d'habitants avec quelques milliers de personnes qui ne sont opposées aux attaques nord-américaines mais aussi sceptiques envers les islamistes, il nous paraît plus raisonnable que le mouvement ouvrier pakistanais organise lui-même des manifestations contre la guerre - comme le fait la LPP qui est dans la tradition trotskyste.

Si les forces islamistes réussissaient à mobiliser une grande partie de la population, des manifestations communes pourraient être légitimes et convenables – tant que la liberté de propagande pour la gauche peut être maintenue. Pour les marxistes, il s'agit en général de « défiler sous ses propres drapeaux » et de défendre les méthodes de la lutte des classes et de soutenir une perspective anticapitaliste.

traduction : Gianni Albertini

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